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L'album de la semaine MARK 1 ET 2 de DEEP PURPLE

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 STEVEN WILSON

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Phil

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MessageSujet: STEVEN WILSON   Mar 10 Oct - 7:06

« Ça aurait été très facile de tout simplement refaire un album composé de chansons de dix minutes de long, et certains de mes fans auraient adoré. Mais d’après moi ça aurait été trop facile et trop prévisible. »

Radio Metal : Ton nouvel album To The Bone est sorti il y a quelques semaines et on peut constater qu’il reçoit beaucoup d’attention, notamment de la part des médias plus grand public. La dernière fois que nous nous sommes parlés, tu avais dit que lorsque tu étais gamin tu « voulais être une pop star » et qu’aujourd’hui encore, d’une certaine façon, tu rêvais « d’être un personnage un peu plus grand public ». Est-ce que tu penses enfin atteindre ce but avec To The Bone, penses-tu que ce rêve deviendra réalité grâce à cet album ?

Steven Wilson : On a une expression en anglais, « Be careful what you wish for ». Est-ce que vous avez la même en français ? Vous savez ce que ça veut dire n’est-ce pas ? Méfiez-vous de ce que vous souhaitez. J’ai sans aucun doute reçu plus d’attention de la part des médias grand public cette fois-ci. Le principal, évidemment, c’est que tout mène à une chose, et cette chose c’est que votre musique touche plus de monde. Je pense que c’est le sentiment le plus naturel qu’il soit pour quelqu’un qui fait de la musique : si vous créez de la musique, que vous l’aimez, que vous y croyez et que cela vous passionne, vous voudrez qu’elle touche le plus de personne possible. La musique est faite pour être partagée, pour rassembler les gens. Un des problèmes que les musiciens rencontrent est cette barrière qui existe entre vous et les gens ; les créateurs de tendance, ceux qui décident. Ça commence au niveau des maisons de disques, puis il y a la presse musicale, la télévision, la radio ; c’est eux qui décident ce que les gens entendront. Et d’une certaine manière, je me suis battu contre ça toute ma carrière. En partie à cause du style de musique auquel on m’associait. Et cet album, pour je ne sais quelle raison, parce qu’il est plus structuré comme de simples chansons et qu’il contient plus de mélodies accrocheuses, il est plus direct… Cette fois, la résistance parait beaucoup plus faible. Elle est toujours là, ce n’est toujours pas facile, nous devons toujours nous battre. Je fais des choses que je n’ai jamais faites auparavant et je dois dire que je ne les aime pas toutes ; selon moi, certaines de ces choses n’ont rien à voir avec la musique et ce que je fais. C’est pour ça que je disais « Méfiez-vous de ce que vous souhaitez ». Je pense que lorsqu’on entre dans le monde des médias grand public, on doit se vendre d’une manière qui n’a, pour moi, pas vraiment de rapport avec ce qu’est la musique et qui me met un peu mal à l’aise. C’est presque comme si vous passez une porte qui mène de l’industrie de la musique à l’industrie du divertissement, et je ne suis pas à l’aise avec l’industrie du divertissement. Mais c’est une bonne chose, parce que ça veut dire qu’il y a des personnes qui vont entendre mon nom et ma musique pour la première fois et certains pourraient l’apprécier, certains pourraient devenir fans pour la vie et m’être fidèle tout le long de ma carrière ; d’autres non.

Pour répondre à ta question : est-ce que j’ai l’impression d’avoir atteint mon but ? Plus que jamais. Plus que jamais. Je pense qu’il y a encore un grand écart entre moi et la couverture médiatique dont bénéficient des artistes comme Arcade Fire ou Coldplay ; ils sont très connus et tout le monde se les arrachent… Mais ce qui est important pour moi cette fois, c’est que l’on ne me voit plus comme un artiste de niche, comme quelqu’un qu’on range dans une case, un artiste culte, « Nous ne parlons pas de lui parce qu’il est underground. » On dirait que c’est différent ce coup-ci, et j’en suis ravi car je ne me suis jamais considéré comme l’archétype de l’artiste culte de rock progressif – je sais que les gens me qualifient comme tel -, peu importe : je ne me suis jamais senti coincé dans cette seule petite case. J’écris des chansons : j’écris des chansons accrocheuses, et j’écris des chansons longues, et j’écris des morceaux ambiants et des morceaux électroniques… Donc ce qui m’a vraiment plu cette fois, c’est cette idée que ma musique n’est pas si facilement rangée à part dans une case, et je pense que les gens la prennent plus au sérieux. Le monde de la musique mainstream la prend plus au sérieux cette fois.

D’un autre côté, on a aussi entendu des fans dire de tu étais un « vendu » parce que tu avais délibérément adopté une approche pop pour sur cet album, mais aussi parce que tu as signé chez Caroline/Universal, une grosse maison de disques avec énormément d’argent, etc. Que penses-tu de leur réaction ?

Je pense que, d’une manière générale, c’est probablement une bonne chose si certains des fans purs et durs disent que vous êtes un vendu. Parce que ça veut dire que votre musique touche un plus large public. Je comprends ce sentiment : il y a des groupes avec lesquels j’ai grandi, des groupes que j’ai commencé à suivre quand ils étaient inconnus et puis ils sont devenus très célèbres, et c’est presque comme si on se sentait trahi en quelque sorte, comme si quelque chose qui nous étaient précieux est soudainement devenu la propriété de tout le monde. Je pense que ça fait partie du contrat entre l’artiste et ses fans, on peut avoir ce sentiment lorsque quelqu’un commence à vendre plus de disques ou devient plus populaire auprès du « grand public ». Tous ceux qui connaissent ma musique savent que d’un point de vue musical, je ne suis absolument pas un vendu : l’élément pop, le côté chanson ont toujours été au cœur de mon travail. Je pense qu’aujourd’hui la plupart de mes fans ont entendu l’album et se sont rendu compte que ça apparaît comme la prochaine étape. Cette fois je me suis clairement plus concentré sur l’aspect chanson que sur le côté conceptuel, qui est moins présent. A propos du changement pour une grosse maison de disque… Je me demande vraiment ce que ces gens auraient fait à ma place, ceux qui m’accusent d’être un vendu. Je me demande vraiment ce qu’ils auraient fait. Si quelqu’un vient et vous dit « on aime beaucoup votre musique et on peut vendre plus d’albums que votre maison de disques actuelle », qu’est-ce qu’ils feraient ? Est-ce qu’ils répondraient : « Non, je voudrais vendre moins d’albums s’il-vous-plait » ? Qui, honnêtement, laisserait passer une opportunité pareille ? Une chance de toucher plus de monde ? Je trouve ça quelque peu absurde, mais je m’y attendais.

« J’avais vraiment hâte de contrarier les gens avec [la chanson ‘Permanating’]. Je savais que ça allait énerver certaines personnes, je savais que cette chanson créerait une controverse auprès de mes fans […]. Au bout du compte, la façon dont je vois les choses se résume à une question : ‘Comment est-ce qu’on peut ne pas aimer une super chanson pop ?' »

Nous avons récemment interviewé l’artiste électro français Carpenter Brut qui est distribué par Caroline mais qui a refusé de signer sur le label parce qu’il ne veut pas se retrouver les mains liées et obligé de les satisfaire simplement parce qu’ils ont investi de l’argent. Tu n’as pas peur de subir ce genre de pression à l’avenir ? Qu’est ce qui pourrait empêcher la maison de disques de t’imposer ses décisions ?

Je n’aurais jamais signé un contrat avec une telle maison de disques non plus. Caroline n’est pas comme ça. Caroline est un « label-services label » (société qui offre aux artistes indépendants une alternative aux contrats traditionnels proposés par les gros labels, NDLR), ce qui veut dire que vous leur apportez le produit fini et ils n’ont pas leur mot à dire quant à la direction musicale. Vous leur apportez le produit fini pour lequel vous payez de votre poche, et vous leur donnez l’autorisation de le commercialiser. Il est hors de question qu’ils interfèrent dans la musique ou l’aspect artistique. Du coup, je ne comprends pas vraiment l’objection de ce mec parce qu’ils ne sont pas le genre de maison de disques qui aura son mot à dire sur la direction musicale. Ils choisiront les singles et diront : « On pense pouvoir faire diffuser cette chanson à la radio ». J’ai toujours fait des albums pour me faire plaisir, je n’ai jamais écouté les maisons de disque au cours des années. Peut-être quelques fois au tout début de ma carrière, mais sinon j’ai presque toujours fait un album que j’ai donné à la maison de disques en disant « Voilà l’album. Point. » Cette fois ne fait pas exception. Pas du tout. D’ailleurs, fait important, j’ai signé chez Caroline alors que l’album était déjà fini. Pas avant. Donc rien ne viendra changer ça. Et je pense qu’une maison de disques comme Caroline serait complètement folle de signer un artiste comme moi s’ils pensaient pouvoir me mettre la pression. Je fais de la musique depuis vingt-cinq ans maintenant, ils doivent forcément savoir – et c’est le cas parce que j’en ai parlé avec eux – ils savent que je ne suis pas quelqu’un qui va réagir à la pression, qui va changer sa direction musicale ou artistique. Si vous jetez un œil à d’autres artistes qui ont signé chez Caroline, je parle de Van Morrison, Thurston Moore de Sonic Youth… Ce sont des artistes qui ne feront pas de compromis pour faire plaisir à la maison de disques, et Caroline le sait. Je fais partie de ces artistes.

Est-ce que tu penses que cela demande autant d’efforts d’écrire une bonne chanson pop qu’une chanson complexe de dix minutes ?

Je trouve ça beaucoup plus difficile. En tout cas, c’est beaucoup plus difficile de le faire d’une manière crédible. Je pourrais écrire une chanson pop tout de suite. C’est très facile de suivre le format conventionnel couplet-refrain-couplet-refrain, ce genre de format traditionnel que les chansons pop suivent. Je pourrais aller en écrire une en dix minutes mais elle ne serait probablement pas très bonne, elle sonnerait comme un million d’autres chansons et tu n’y croirais pas vraiment. Pour moi, la tâche consiste à écrire une chanson dans ce format qui est complètement crédible, complètement convaincante, et qui a autant de personnalité qu’un de mes longs morceaux. Et c’est dur pour moi parce que je pourrais écrire une chanson de dix minutes que tu écouterais et tu dirais : « Oui, c’est du Steven Wilson ». C’est beaucoup plus dur d’écrire une chanson dans ce format classique de trois-quatre minutes et qu’à son écoute tu te dises [claque des doigts] : « C’est du Steven Wilson ». Je pense avoir réussi mais c’est dur, très dur. Disons qu’à chaque fois que j’écris une chanson en laquelle je crois, il y en a neuf autres que j’ai laissées de côté parce que je les trouvais trop banales, elles faisaient très cliché, ça ne me ressemblait pas et je pense que les gens n’y auraient pas cru. C’était difficile et je me suis vraiment investi cette fois, j’avais en tête d’écrire des morceaux plus concis, parce que j’adore la pop, j’ai grandi avec elle. Ma mère et mon père écoutaient les albums d’Abba, des Bee Gees et des Carpenters ; j’adore la bonne pop ! Mais ce n’est certainement pas quelque chose qui me vient aussi naturellement que l’écriture de ces longs morceaux épiques et tentaculaires. Mais j’ai l’impression d’avoir fait ça depuis un moment, et maintenant j’ai besoin de sortir de ma zone de confort pour continuer à évoluer. Ça aurait été très facile de tout simplement refaire un album composé de chansons de dix minutes de long, et certains de mes fans auraient adoré. Je sais qu’ils auraient aimé. Mais d’après moi ça aurait été trop facile et trop prévisible. Alors je me force à sortir de ma zone de confort et à m’aventurer ailleurs. Pour résumer, je pense que la réponse à ta question est : beaucoup plus difficile.

Tu as dit : « généralement, les gens pensent que ma musique prend ses racines dans les années 70, alors que je suis arrivé à pleine maturité dans les années 80 ». Les gens se sont souvent moqué de la musique des années 80, ils la trouvent kitsch et superficielle. Est-ce que tu penses qu’ils se méprennent sur les années 80 ?

Si tu prends n’importe quelle décennie, et que tu t’y intéresses de façon très superficielle, tu trouveras beaucoup de musique kitch et ringarde. Les années 80 ne font pas exception. Je pense que, malheureusement, ce qui donne aux années 80 cette mauvaise réputation c’est une grande partie de l’imagerie, de la mode qu’on lui associe, et le fait que la technologie a beaucoup évolué depuis. C’était l’époque de la toute première génération de synthétiseurs digitaux, de boites à rythme, de samplers, et beaucoup de ces choses ont vieilli. Le son a plutôt mal vieilli. Les tout premiers synthétiseurs et l’utilisation de boites à rythme, tout ça a plutôt mal vieilli. Mais d’un point de vue créatif, les années 80 étaient extraordinaires. Et ce que j’aime particulièrement, c’est qu’il y a toute une décennie pendant laquelle beaucoup d’artistes semblaient dévoués à cette idée que l’on pouvait être très accessible, écrire des chansons pop accrocheuses, mais aussi être très ambitieux en ce qui concerne la production, la musique, les paroles. Si tu prends des artistes comme Kate Bush, Depeche Mode, Talk Talk, Tears For Fears… la liste est longue ; Prince, même quelqu’un comme Michael Jackson. Si tu écoutes des albums comme Thriller, des albums très créatifs, et que tu les compares à ce que des artistes pop américains font aujourd’hui, comme Miley Cyrus, c’est tellement conservateur, tellement banal. Michael Jackson était un des plus grands artistes pop au monde, et pourtant ses albums étaient très inventifs, ambitieux et créatifs, avec une bonne production, une grande maitrise musicale, et ils abordaient des sujets plutôt intéressants dans les paroles. Et il était au cœur de la pop mainstream. Ça me manque ; la pop mainstream du 21ème siècle est très ennuyeuse. Très ennuyeuse. Et elle n’a aucune valeur à mes yeux.

Du coup, je suppose que ce que j’aime à propos des années 80, c’est le fait qu’il y avait cet espèce de courant très créatif avec ce genre d’artistes. Il y en a beaucoup d’autres qu’on ne peut pas oublier, tous ces groupes géniaux qui faisaient de la pop, mais de la pop qui était très intelligente. Ils ne se rabaissaient pas pour plaire au grand public. Prends un groupe comme Tears for Fears : certaines de leurs chansons étaient des hits. Leurs chansons abordaient des sujets très sombres, comme la thérapie primale et autres choses du genre. La chanson « Shout » parlait de la thérapie primale. Qui, en 2017, écrirait une chanson pop là-dessus ? Très peu de personnes. Donc je pense que les années 80 vont petit à petit être reconsidérées à leur juste valeur. C’est déjà en train de se produire ; les gens commencent à se rendre compte que les années 80 étaient une période de créativité musicale incroyable. Je veux dire, Kate Bush en a émergé, c’est largement suffisant pour moi. Et Prince.

« Quand j’entends des gens dire que je suis un vendu, je prends ça comme quelque chose de positif parce que ça veut dire que j’évolue, que je change et que je défie les attentes de mon public. L’une des pires choses que l’on peut faire en tant qu’artiste, c’est de se contenter de faire plaisir à ses fans. »

La chanson « Permanating », avec son ambiance très funky voire disco, est dans un style très éloigné de celui que les gens attendent de toi. Dans quelle mesure cela t’a t’il apporté un sentiment de liberté et peut-être de briser des chaines, en supposant que de telles chaines existaient ?

C’est génial. On en revient à ce que je te disais plus tôt à propos du fait de pouvoir écrire une chanson pop dont je peux être fier et en laquelle je crois. Il m’est arrivé d’écrire des chansons pop par le passé en lesquelles je ne croyais pas à cent pour cent, mais je suis très fier de celle-ci, j’en suis très content et, honnêtement, j’avais vraiment hâte de contrarier les gens avec. Je savais que ça allait énerver certaines personnes, je savais que cette chanson créerait une controverse auprès de mes fans, mais je savais aussi que certaines personnes l’aimeraient et c’est exactement ce qu’il s’est passé. Au bout du compte, la façon dont je vois les choses se résume à une question : « Comment est-ce qu’on peut ne pas aimer une super chanson pop ? » Et je ne suis pas en train de dire que ma chanson est géniale. C’est tout du moins une bonne chanson. Comment est-ce que c’est possible de ne pas aimer une bonne chanson pop ? Que ce soit « Mamma Mia » de Abba, « She Loves » des Beatles, « Good Vibration » des Beach Boys ou « Get Lucky » de Daft Punk… Comment on peut ne pas aimer ces chansons ? Ce sont des chansons pop fantastiques et joyeuses. Et cette chanson [« Permanating »], c’est ma chanson pop joyeuse. Je comprends que pour certains de mes fans, ceux qui n’écoutent que de la musique sombre et morose, je comprends que c’est sûrement très compliqué pour eux de m’entendre faire ça. Mais là encore, on en revient à ce qu’on disait tout à l’heure à propos du fait d’être un vendu : quand j’entends ce genre de propos, quand j’entends des gens dire que je suis un vendu ou qu’ils détestent « Permanating », je prends ça comme quelque chose de positif parce que ça veut dire que j’évolue, que je change et que je défie les attentes de mon public.

L’une des pires choses que l’on peut faire en tant qu’artiste, c’est de se contenter de faire plaisir à ses fans, de faire le même album encore et encore. Beaucoup de groupes font ça : AC/DC a fait le même album pendant quarante ans. C’est un très bon album. Mais pour moi, ils ne seront jamais ce que je considère être un grand artiste, c’est-à-dire quelqu’un qui évolue. David Bowie était un artiste incroyable parce qu’il changeait, il changeait et il changeait encore. Pour moi en tout cas, c’est le genre d’artiste qui m’a toujours le plus inspiré. Je pense que l’une des constantes liée au fait d’être ce genre d’artiste, c’est qu’on perdra certains de nos fans et on en attirera de nouveaux à chaque fois qu’on changera. Cette espèce de régénération du public fait partie du contrat, ça fait partie du processus d’évolution et de la transformation de notre musicalité. Donc pour moi c’est positif quand j’entends que j’ai énervé certaines personnes. La pire des choses serait qu’on dise : « Oh Steven Wilson a sorti un nouvel album, ça change pas trop de ceux d’avant, c’est sympa, j’ai bien aimé ». Vous savez, ce petit haussement d’épaules, ni bon ni mauvais. Je ne veux pas entendre ça. Je veux que les gens le détestent passionnément ou l’adorent.

Cet album est en réaction à la situation chaotique dans laquelle se trouve le monde. Tom Morello de Rage Against The Machine nous a dit que « les mauvais présidents engendrent de la super musique ». Si on généralise ça, est-ce que tu penses que les périodes difficiles engendrent de la bonne musique ?

Je pense que la musique, à son meilleur niveau, naît d’un sentiment de protestation et de rébellion. Il suffit de se pencher sur l’histoire de la musique pour le voir. Si on repart en arrière, au moment de la naissance de ce qu’on appelle aujourd’hui la pop, c’est-à-dire la musique populaire, on remarque qu’elle vient du blues traditionnel et de la musique folk, qui est elle-même de la musique de protestation. Si après on avance jusqu’à la fin des années 60, on voit l’explosion de la musique psychédélique et progressive, dont une grande partie provient des gens se rebellant contre la guerre du Vietnam ; ensuite la fin des années 70 et le punk rock, qui se développe en réaction à un climat politique agité. Donc je pense que c’est une tradition ; la musique est à son meilleur lorsqu’elle a quelque chose contre laquelle faire rage, se rebeller, protester. Et il y a eu une période d’environ vingt-cinq ans pendant laquelle la musique était relativement bénigne. Elle n’avait pas cet élan de protestation et de rébellion. Mais ça revient ; ça revient maintenant parce qu’on a des gens comme Donald Trump dans le monde, on a le Brexit et des terroristes dans nos propres pays, et des camps de réfugiés. On a tout ce bordel et, d’une certaine manière, s’il y a bien quelque chose de positif à tirer de tout ça, c’est que c’est extrêmement inspirant. Pas seulement pour les musiciens, mais pour les cinéastes, les écrivains. Je pense que l’art a tendance à bien se porter quand le monde traverse des temps difficiles. Donc s’il y a un bon côté à l’existence de Donald Trump, ça pourrait être ça. Il y a beaucoup d’albums qui sortent ces temps-ci et qui parlent de Donald Trump, que ce soit le mien, celui de Roger Waters, Depeche Mode, Prophets Of Rage, etc. tous ces albums font partie d’un mouvement de protestation. Les gens sont de nouveau en colère. Pas seulement les musiciens mais les gens d’une manière générale. Ils sont de nouveau en colère. Et peut-être que c’est une bonne chose parce qu’on est peut-être resté trop complaisant pendant trop longtemps.

« J’en suis venu à la conclusion qu’au final, la vérité est un idéal, comme le paradis, qui n’existe pas réellement et dont on se sert comme d’une boussole pour nous guider moralement. »

En parlant de Donald Trump, du Brexit, etc. Tu abordes beaucoup de problèmes politiques actuels dans tes chansons, mais, comme tu l’as dit, énormément d’artistes adressent ce genre de sujets aujourd’hui. Est-ce que ce n’est pas risqué de dire ce que tout le monde a déjà dit ou de répéter les mêmes clichés ? Comment est-ce que tu as évité ça ?

Je pense que tu as absolument raison. Ma méthode, et je ne sais pas si ça me permet d’éviter les clichés ou non, mais c’est ma façon de faire, c’est que je n’essaye pas de prêcher quoi que ce soit à mon public, je ne leur dis pas « les politiciens sont des gens mauvais » ou « écoute moi M. le Politique, tu devrais… » Je ne fais pas ça. Je ne suis pas très doué pour ça de toute façon, ça ne me ressemble pas. Moi, je crée des personnages et je raconte des petites histoires. Quand je dis petites, je veux dire que je raconte des histoires à propos d’une personne en particulier dans une situation particulière. Et en racontant ces petites histoires très intimes, j’aborde évidemment des sujets plus vastes, je parle de tout. Par exemple, j’ai deux chansons sur cet album qui parlent de fondamentalisme religieux et de terrorisme. J’ai écrit ces chansons du point de vue de… L’une d’elle s’appelle « People Who Eat Darkness » et en gros, ça parle du fait d’avoir un terroriste pour voisin, de le croiser dans la cage d’escaliers, et de l’idée que ce genre de personnes vivent parmi nous, qu’ils se font passer pour des gens normaux. Ils pourraient très bien vous aider avec vos courses, vous dire bonjour en vous croisant dans le couloir, vous sourire et ressembler à n’importe qui d’autre, sauf qu’à l’intérieur ils sont remplis de cette haine, de cette noirceur et de ces préjugés. La chanson est écrite du point de vue du terroriste et en gros il dit : « J’habite à côté de chez toi. Je peux t’entendre coucher avec ta copine à travers le mur. Je peux te voir rentrer avec tes courses et sortir tes poubelles. Et tu me regardes comme si j’étais juste un voisin parmi d’autres mais méfie-toi, parce que voilà qui je suis, ce que je fais et ce que je pense réellement ». C’est une histoire racontée d’un point de vue personnel vraiment unique.

C’est la manière que j’ai d’aborder ces questions plus vastes. Je ne peux pas faire comme Bono, je ne peux pas parler de réchauffement climatique comme si je prêchais la bonne parole, je n’aime pas ça. Dire à son public quoi penser, « tu devrais voter pour telle personne » ; je n’aime pas faire ça. Je préfère proposer ces histoires et laisser les gens se faire leur propre avis. Ça revient un peu à mettre un miroir en face de la personne et dire : « Voilà ce que je vois, est-ce que tu te reconnais ? » Je ne sais pas si ça évite les clichés ou non, mais je pense qu’il y a toujours une perspective unique sur chaque chose. Sinon pourquoi est-ce que les musiciens continueraient de faire des albums ? Tout a été dit, n’est-ce pas ? Tout a été dit. Certains objectent qu’aucun musicien n’aura plus jamais besoin de faire de nouvel album. Tout est déjà là. Mais on le fait quand même, parce qu’on pense qu’on a, en 2017, avec un peu de chance, un point de vue original sur le monde.

La chanson éponyme s’inspire du mot de l’année 2016 de l’Oxford Dictionnary : « post-truth » (« post-vérité » en français, NDT). Cette chanson essaye de comprendre ce qu’est vraiment la vérité et donne le ton pour le reste de l’album. De nombreux philosophes ont réfléchi sur la notion de vérité. Qu’est-ce que la vérité selon toi ?

J’y ai beaucoup réfléchi évidemment, pas seulement pendant l’écriture de cet album, mais j’y ai beaucoup réfléchi d’une manière générale. Et j’ai conclu que la vérité est en fait un concept abstrait et qu’elle est donc inatteignable. Ça n’existe pas réellement. La vérité n’existe pas réellement. Ce qu’on appelle vérité est en fait une perception. On a tous notre propre idée de ce qu’est la vérité. Tu as ton idée de la vérité, j’ai la mienne. Mais notre vérité se forme à travers le filtre de notre genre, notre origine, notre opinion politique, notre éducation, notre religion… Toutes ces choses modèlent notre réalité. On finit par penser que ce en quoi on croit est forcément la vérité. Mais ça ne l’est pas. C’est ta vérité. Et ta vérité est différente de la mienne, différente de celle d’un autre. Et d’ailleurs c’est paradoxal : la vérité ne peut être propre à trois personnes différentes. La vérité est forcément une seule réalité, n’est-ce pas ? C’est la définition de la vérité. J’en suis donc venu à la conclusion qu’au final, la vérité est un idéal, comme le paradis, qui n’existe pas réellement et dont on se sert comme d’une boussole pour nous guider moralement. Le meilleur exemple pour illustrer ça, c’est la religion. Chaque groupe religieux – et il existe des milliers de religions sur la planète, peut-être des centaines de milliers – chacune de ses religions pense détenir la vérité absolue. Comment est-ce que ça peut être possible ? Evidemment que ça ne l’est pas. C’est notre représentation des choses, la façon dont on perçoit les choses à travers notre situation personnelle et notre personnalité pour créer notre version de la vérité.

Je trouve que c’est un concept fascinant, même si les politiques l’ont récupéré et s’en servent pour déformer les faits, pour servir leurs propres intérêts. Il y a aussi le fait que beaucoup de gens soient stupides, pas stupides… [soupire]. Stupide n’est pas le bon mot. Beaucoup de gens sont très naïfs, ils sont prêts à adhérer à ce genre de conneries. C’est très inquiétant, je pensais que la race humaine avait évolué et était devenue plus intelligente que ça. C’est aussi très inquiétant de voir que des gens comme Donald Trump ou d’autres leaders politiques reçoivent autant de soutien, parce que pour moi, c’est le signe que la race humaine devient plus bête et non plus intelligente. Et puis de voir la remontée des préjugés raciaux, religieux, sexuels… On voit de plus en plus toutes ces choses alors que je pensais qu’elles disparaissaient petit à petit. On vit dans des temps très inquiétants. J’espère et je pense que ce n’est qu’une passade. C’est juste un mauvais moment à passer. Et dans trois ans Donald Trump aura dégagé et on se remettra sur le droit chemin. J’espère. Il faut être optimiste, n’est-ce pas ? Je ne pense pas que c’est être optimiste mais plutôt réaliste. Essayer de ne pas être pessimiste, essayer de ne pas être trop optimiste, mais se positionner pile au milieu. Il y a encore beaucoup de personnes intelligentes dans le monde, je pense simplement qu’on les a marginalisées et qu’elles sont devenues un peu trop passives. Les gens intelligents sont devenus trop passifs, ils doivent s’activer de nouveau.

Interview réalisée en face à face le 12 septembre 2017 par Claire Vienne.
Fiche de questions et introduction : Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Lison Carlier.

Source : Radio Metal
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beck-bolin

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MessageSujet: Re: STEVEN WILSON   Mar 17 Oct - 11:31

SES ALBUMS SOLO SONT D'excellentes factures!!

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Kilou

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MessageSujet: Re: STEVEN WILSON   Mar 17 Oct - 11:48

Et comment, j' espère pouvoir aller le voir à Marseille en février cheers
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MessageSujet: Re: STEVEN WILSON   

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STEVEN WILSON
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